Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 29 mars 2016

Contre-terrorisme : les Africains ne fantasment pas sur le FBI

FBI_Badge__gun-1200x660.jpg

Dans l’adversité contre le terrorisme, quatre pays d’Afrique subsaharienne touchés par le terrorisme (Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Sénégal) ont décidé de renforcer l’unité d’action de leurs services de sécurité. Il s’agit d’établir une collaboration systématique entre ces services et d’instituer un bulletin mensuel d’information sur les actes criminels liés au terrorisme. D’autres mesures liées à la mise en œuvre régionale de la carte d’identité biométrique et à la fiabilité des documents de voyage ont été également prises. Après les attentats de Bamako, Ouagadougou et Grand Bassam, ces pays possédant des frontières communes et traversés par d’importants flux migratoires ont pris brutalement conscience de la poussée vers le sud du terrorisme sahélien d’AQMI et de sa nébuleuse. Il s’agit d’une volonté de recentrage de l’Afrique subsaharienne sur sa propre problématique. Le Sénégal, encore épargné, anticipe car il pourrait bien être la prochaine cible.

En effet, la plate-forme d’échanges de renseignements qui devait voir le jour au sein du G5 Sahel regroupant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad n’avance pas et, surtout, la Côte d’Ivoire et le Sénégal n’en font pas partie. Dans cet organe régional, la Mauritanie, efficace dans sa lutte contre le terrorisme, traîne un peu les pieds, tandis que le Tchad et le Niger semblent davantage focalisés par leur coopération avec le Nigeria et le Cameroun dans leur lutte conjointe contre Boko Haram.

La situation européenne n’est pas si différente entre les pays touchés et ceux qui le sont moins. Le renseignement est un outil qui relève de la souveraineté des États, qu’ils ne sont souvent pas prêts à céder. Il faut une forte motivation opérationnelle pour passer outre. C’est ce qui s’est produit dans le réveil de notre coopération avec la Belgique après les attentats de Paris puis de Bruxelles, réveil qui semble porter ses fruits.

Il est illusoire de fantasmer sur un FBI européen, qui relève d’un rêve fédéraliste dont l’utilité marginale reste à prouver. Une plate-forme virtuelle de partage du renseignement doit voir le jour d’ici le 1er juillet, au sein du groupe antiterrorisme (GAT) du Club de Berne, une organisation informelle spécialisée dans l’échange de renseignement entre les 28 États membres de l’Union européenne. Ce n’est pas la méthode idéale, le risque étant que, sans grille d’analyse commune, ne soient échangés que des renseignements utiles plutôt que des informations sensibles, chaque pays ne disposant pas des mêmes critères. Par ailleurs, Europol vient de créer un « centre antiterrorisme » dont la mission est aussi de faciliter l’échange d’informations entre les États. On empile donc le mille-feuille. On sait ce que cela donne. En février, le même Europol a lancé une alerte générale sur la présence de 3.000 à 5.000 djihadistes infiltrés notamment parmi « les migrants », après avoir annoncé en janvier qu’il n’y avait aucune preuve de cette infiltration ! Il existe aussi déjà d’autres bases de données européennes centralisées qu’il convient de mieux exploiter, comme le Système d’information Schengen deuxième génération (SIS II), qui vise à signaler des criminels suspects, ou ECRIS (European Criminal Records Information System), le fichier d’échange des casiers judiciaires, ou encore le VIS (Visa Information System), qui réunit toutes les données concernant les demandes de visa pour entrer dans l’espace Schengen.

Il me semble donc plus réaliste de cultiver une coopération renforcée entre les pays les plus motivés parce que meurtris par le terrorisme, possédant une même grille d’analyse et des frontières communes. Cela a commencé entre la Belgique et la France et pourrait s’élargir à l’Allemagne et au Royaume-Uni, par exemple. En 2015, Salah Abdeslam est venu en Allemagne et Abdelhamid Abaaoud a séjourné à Londres et Birmingham….

Philipe Franceschi

Source : Boulevard Voltaire

Les commentaires sont fermés.