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mardi, 10 mai 2016

Pour théoriser l'islam de France, le CFCM créé un «conseil théologique»

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Le conseil se réunira au moins deux fois par an pour émettre des avis et contrecarrer les discours fondamentalistes. Mais par sa composition trop large et son manque de théologiens de renom, il risque la paralysie, selon ses détracteurs.

Souvent critiqué pour son incapacité à se prononcer clairement au nom de l'islam de France, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a franchi une étape importante dimanche soir en annonçant la création d'un «conseil théologique». Selon ses promoteurs, il ambitionne d'engager la réflexion intellectuelle pour «contextualiser» la pratique de l'islam à la culture française. En clair, il s'agit de produire une somme théologique propre à l'islam de France.

Le conseil théologique se réunira au moins deux fois par an, sans compter les sessions extraordinaires sur saisine. Composé de 22 membres (dont l'imam de Bordeaux Tareq Oubrou, figure libérale menacée par Daech), le groupe ambitionne d'apporter des réponses théologiques claires aux questions auxquelles sont confrontés les musulmans de France. «Lors du débat sur le port du voile intégral, par exemple, le CFCM avait élaboré une position en se basant sur l'avis de ses différentes fédérations. Mais un conseil théologique aurait facilité la prise de position», explique le président du CFCM, Anouar Kbibech.

Contrecarrer les discours fondamentalistes

«La nécessité de créer un conseil théologique s'est imposée par l'actualité dramatique de ces derniers mois, mais aussi avec la multiplication des débats sur le voile ou sur les menus de substitution», précise Anouar Kbibech. Le Conseil théologique interviendra sur trois axes: les problématiques liées à la pratique du culte musulman en France, la position du conseil sur les questions de société, et la prévention de la «radicalisation». «Jusqu'ici, chaque fédération ou grande mosquée avait son propre conseil théologique pour répondre à ces questions. Il fallait donc créer un organe collégial, qui regroupe l'ensemble des sensibilités de l'islam de France», explique Anouar Kbibech.

À ce titre, toutes les sensibilités de l'islam reconnues par le CFCM y sont représentées, de la Grande mosquée de Paris à l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) issue des frères musulmans, en passant par les piétistes littéralistes issus du Pakistan. Le salafisme en est exclu. Face à la montée de l'islamisme radical qui séduit en particulier les jeunes et les nouveaux convertis, ce comité ambitionne d'élaborer «un contre-discours basé sur un argumentaire théologique solide, en réponse aux discours véhiculés par certains et qui circulent sur les réseaux sociaux, notamment auprès des jeunes», selon un communiqué du CFCM.

Risque d'immobilisme

Même si cela y ressemble fort, le conseil théologique ne veut pas être identifié comme un organe de la fatwa. «On évite d'utiliser ce mot car il a été dénaturé au fil des débats», estime Anouar Kbibech. «Pour les musulmans eux-mêmes, c'est un terme réducteur qui renvoie à une réponse précise concernant une pratique religieuse donnée.» Quoi qu'il en soit, l'institution devrait défendre un islam libéral et «contribuer à l'effort de la Réforme qui a toujours été porté par les Savants musulmans», explique le communiqué de CFCM. Mais à vouloir ratisser trop large dans toutes les tendances de l'islam de France, il pourrait rapidement être condamné à l'immobilisme, selon ses détracteurs.

«Il y a une forme de quiproquo entre le nom de l'instance, ‘conseil théologique', et les gens qui la composent», relève Malek Chebel, anthropologue des religions, psychanalyste et promoteur d'un «islam des Lumières». «Dans ce conseil, je ne vois que des militants associatifs qui s'occupent du culte musulman, pas de grands noms de la théologie. Je crains que ça devienne une sorte d'Auberge espagnole paralysée par la diversité des opinions, incapable de publier des décisions claires.»

Au lieu d'une représentation par fédérations et grandes mosquées, Malek Chebel aurait plutôt vu la création d'un conseil de «cinq ou six membres choisis et reconnus pour leurs travaux théologiques» qui feraient autorité et dont les avis seraient suivis. «Actuellement, les musulmans de France écoutent les avis de Rabat, Alger, le Caire ou Jeddah [Arabie saoudite, NDLR], ce qui fait que leurs positions sur le voile ou le halal leurs viennent de l'étranger. Mais si le CFCM ne peut pas leur opposer de théologien crédible, notamment pour déconstruire les discours fondamentalistes, l'initiative n'aura aucun intérêt.»

Edouard de Mareschal

Source : Le Figaro

 

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