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mercredi, 18 mai 2016

Et si le pape rencontrait la vraie « France périphérique » ?

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Le pape, selon La Croix, se rendra en France après l’élection présidentielle : Paris et sa banlieue, Lourdes, et peut-être Marseille. Les catholiques français ne peuvent que s’en réjouir. D’abord parce que la visite d’un pape est toujours pour eux une joie. Ensuite parce qu’il semble, au vu de ses déclarations récentes au même journal, que le Saint-Père connaisse mal la France.

La France, dit-il, « exagère la laïcité ». « Si une femme musulmane veut porter le voile, elle doit pouvoir le faire. » La laïcité serait en effet bien cruelle de forcer un pauvre sikh à ôter son turban, un malheureux bonze à enlever sa robe orange. Alors, n’est-ce pas, « si une femme musulmane veut porter le voile, elle doit pouvoir le faire ». Sauf qu’une chose est le principe, une autre le contexte : certaines, à l’inverse, voudraient ne pas le porter, mais ne peuvent pas le faire. Et la prolifération, la généralisation, la multiplication autoritaire de ce voile marginalise ces dernières un peu plus chaque jour. Le pape, s’il le savait, ne cautionnerait certainement pas cette aliénation de la femme.

On peut reprocher à la laïcité française d’exagérer, on peut surtout lui reprocher de ne pas gérer. Fébrile et impuissante, elle tente sans succès de faire rentrer dans la camisole qu’un catholicisme docile avait bien voulu enfiler un islam autrement impérieux, qui ne s’embarrasse pas de nuances subtiles entre le temporel et le spirituel. Et les coutures craquent de partout. Ce qu’elle ravaude dans un coin lâche dans un autre. Le voile n’a pas l’exotisme pimpant du turban sikh, ni la discrétion pacifique d’une croix autour du cou.

« L’Europe, oui, a des racines chrétiennes », dit-il encore, « mais quand j’entends parler des racines chrétiennes de l’Europe, j’en redoute parfois la tonalité, qui peut être triomphaliste ou vengeresse. Cela devient alors du colonialisme. » Ainsi parle le père qui se sent investi du devoir de rabattre le caquet de ses enfants pleins de morgue, écrasant leur prochain de leurs certitudes.

Mais la réalité est tout autre. Ses ouailles françaises sont raillées par les médias, bafouées par le gouvernement, tiennent lieu de tête de Turc à « l’élite » en général. Au point que beaucoup ne croient plus en eux et sont rongés par le doute. Celui qui se noie fait rarement montre de « triomphalisme », trop occupé à garder la tête hors de l’eau. Si les chrétiens sont arrogants, c’est à la manière de Poil de Carotte, de façon très très discrète. Et, comme tous les souffre-douleur, ils aimeraient parfois se jeter dans les bras de leur père pour être consolés, raffermis, défendus.

« L’Europe connaît un grave problème de dénatalité. […] Un vide démographique s’installe. En France, toutefois, grâce à la politique familiale, cette tendance est atténuée. » De quelle politique familiale parle-t-il ? Démembrée, charcutée, en lambeaux… elle n’est plus qu’un ancien souvenir.

Ce pape exhorte à aller « aux périphéries ». Il sait tendre lui-même la main aux marginaux, y compris aux « marginaux » du politiquement correct, comme le montrent son geste vers la fraternité Saint-Pie-X ou, dans un autre genre, son soutien au cardinal Barbarin. Mais il faut qu’il n’ait parlé et échangé qu’avec le cœur du système dominant pour avoir fait sienne cette vision de la France. Puisse-t-il rencontrer réellement, lors de sa visite, la France périphérique et l’écouter, loin du village Potemkine que l’on voudra lui présenter.

Gabrielle Cluzel

Source : Boulevard Voltaire

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