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jeudi, 23 juin 2016

Brexit : le risque d'un effet domino en Europe

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Le référendum organisé jeudi en Grande-Bretagne fait craindre une désintégration progressive de l'Union européenne, si d'autres pays en venaient à organiser à leur tour un référendum sur leur adhésion à l'Union.

Un Brexit marquerait-il le début de la fin de l'Union européenne telle que nous la connaissons? Que les Britanniques décident ou non de quitter l'UE ce jeudi, l'organisation du référendum constitue un dangereux précédent en Europe, à un moment où celle-ci se trouve confrontée à la fois à la crise des migrants et à celle, encore incomplètement résolue, de la zone euro.

Le risque est grand, en effet, que d'autres pays ne s'engouffrent dans la brèche ouverte par le Royaume-Uni, «soit en organisant à leur tour un référendum, soit en usant de chantage, en brandissant cette menace si Bruxelles ne cédait pas à leurs exigences, analyse Pauline Schnapper, professeur de civilisation britannique contemporaine à la Sorbonne nouvelle. La crainte dans beaucoup de capitales européennes est donc qu'un Brexit soit la première étape d'une désintégration progressive du projet européen». Lundi encore, le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, déclarait que sa «plus grande crainte est qu'un éventuel résultat négatif puisse encourager d'autres eurosceptiques en Europe».

Les études et sondages ne manquent pas pour accréditer cette thèse. Dans le camp des pays prêts à organiser leur propre référendum figurent d'abord ceux qui sont traditionnellement proches des Britanniques, et qui se retrouveraient un peu plus seuls en Europe en cas de Brexit. Ainsi des Pays-Bas, de la Finlande, du Danemark ou de la Suède, ces deux derniers pays étant tout comme la Grande-Bretagne restés en dehors de la zone euro. Un récent sondage a montré que l'attitude des Suédois envers l'Europe était ainsi très dépendante de leur allié britannique: ils sont 44% à déclarer vouloir rester membre de l'UE aux côtés du Royaume-Uni, mais seulement 32% s'il n'en fait plus partie.

Après le Brexit, le Czexit?

Dans ces pays comme dans bien d'autres en Europe, l'euroscepticisme a par ailleurs atteint des niveaux préoccupants ces dernières années. Il pourrait aujourd'hui s'exprimer de manière plus concrète dans la foulée d'un Brexit. La crise des réfugiés, qui a sévèrement atteint une Union déjà meurtrie par la crise de la zone euro, a fait chuter l'UE dans l'opinion de pays situés aux antipodes les uns des autres: les Hongrois sont presqu'aussi sévères quand il s'agit de juger la façon dont l'UE à géré cette énième crise que les Grecs, les Autrichiens ou les Suédois... En Autriche, le parti d'extrême droite, passé tout près d'une victoire à l'élection présidentielle au mois de mai, a déjà promis d'organiser son propre référendum en cas de victoire. En République tchèque, c'est le premier ministre lui-même qui a averti ses pairs dès le mois de février: en cas de Brexit, «un débat sur le retrait de la République tchèque sera à attendre dans quelques années». Après le Brexit, le Czexit?

Mais la France n'est elle-même pas à l'abri d'une telle perspective. Selon un sondage Ipsos réalisé dans toute l'Europe, 55% des Français et 58% des Italiens aspirent à organiser leur propre référendum. Alors que 69% des Français avaient une opinion positive de l'UE en 2004, ils ne sont plus que 38% aujourd'hui, selon le Pew Research Center. Mais entre souhaiter se prononcer sur l'appartenance à l'Union et la quitter effectivement, il y a un pas de géant que peu de pays sont prêts à franchir. Seuls 41% des Français aspirent par exemple à un divorce avec l'UE et 34% des Allemands. Selon la fondation Robert Schuman, une majorité d'Européens pense encore que leur pays est mieux armé dans l'Europe pour affronter l'avenir. Seuls Chypre, la Slovénie et le Royaume-Uni font exception.

«En dépit d'un euroscepticisme décomplexé et d'une approche utilitariste, aucun État membre n'entretient une relation aussi compliquée avec l'Union européenne que le Royaume-Uni», juge même Vivien Pertusot, responsable de l'institut français des relations internationales (Ifri) à Bruxelles. Ce qui n'exonère pas l'UE d'une nécessaire refondation une fois l'épreuve du référendum britannique passée. Mais sur ce point, les Européens s'avèrent à nouveau divisés...

Marie Bartnik

Source : Le Figaro

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