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vendredi, 12 août 2016

Déchéance de nationalité en Allemagne : "Une surenchère populiste 'normale'"

Alors que la proposition a suscité une controverse majeure en France après les attentats de novembre, le débat sur la déchéance de nationalité s'invite en Allemagne. L'annonce, faite jeudi par le gouvernement allemand, est à remettre dans le contexte d'élections législatives à venir.

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Deux semaines après une série d'attaques sanglantes, l'Allemagne vient d'annoncer une série de mesures censées renforcer ses outils de lutte contre le terrorisme. Le ministre de l'Intérieur d'Angela Merkel, Thomas de Maizière, a proposé jeudi la déchéance de nationalité des djihadistes combattants à l'étranger s'ils sont binationaux. Un débat qui avait agité la France après les attentats de novembre mois avant que son inscription ne soit finalement enterrée quatre mois plus tard par François Hollande.

Déjà applicable en Allemagne pour les binationaux combattants dans des armées régulières étrangères, la mesure devrait être étendue aux personnes parties combattre sur une zone terroriste. D'après les derniers décomptes publiés en mai, plus de 820 ressortissants allemands se sont déjà rendus en Irak et la Syrie. Près d'un tiers d'entre eux seraient rentrés en Allemagne et environ 140 auraient été tués. Quelques 420 seraient toujours sur le territoire syrien ou irakien.
"Gesticulation"

L'apparition de ce débat sur la déchéance de nationalité s'inscrit dans "un long débat sur la double nationalité", rappelle au JDD Isabelle Bourgeois, chercheuse au Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine (CIRAC) et rédactrice en chef de la revue Regards sur l'économie allemande. Les enfants nés outre-Rhin de parents qui ne sont ni citoyens de l'Union européenne ni ressortissants suisses ne peuvent en bénéficier que depuis 2014, s'ils ont vécu au moins huit ans en Allemagne. Auparavant, ces jeunes devaient choisir l'une des deux nationalités à leur 23e anniversaire.

Une évolution législative destinée notamment à la communauté turque, qui compte près de trois millions de personnes en Allemagne. Une avancée qualifiée alors de "grand pas" par le déjà ministre de l'Intérieur Thomas de Maizières. Autant d'éléments qui font dire à l'opposition allemande, à l'exemple du député du parti des Verts Volker Beck, que cette proposition fait office de "gesticulation" pour répondre à la menace terroriste. Ou encore d'une "surenchère populiste 'normale' sur le plan de la communication politique", avance pour sa part Isabelle Bourgeois.
"Pas un hasard de calendrier"

Parmi la batterie de mesures pour renforcer la sécurité du pays, le ministre de l'Intérieur propose également de créer un motif d'arrestation pour "mise en danger de la sécurité publique" afin de placer en détention des personnes suspectées de préparer des attaques terroristes. L'exécutif allemand souhaite également accélérer les procédures d'expulsions des étrangers. Pour Bénédicte Laumond, doctorante au centre March Bloch à Berlin et chercheuse sur les questions de droite radicale en Allemagne, ces annonces sécuritaires ne sont "pas un hasard de calendrier" alors que des scrutins régionaux sont prévus en septembre en Mecklembourg-Poméranie-Antérieure, fief électoral d'Angela Merkel mais aussi bastion de l'extrême-droite, puis à Berlin. Un test à un an des élections fédérales qui pourraient amener Angela Merkel à disputer un quatrième mandat.

"On assiste à un repositionnement d'une aile de la droite démocrate-chrétienne (CDU-CSU) autour de thèmes populistes", analyse pour le JDD Bénédicte Laumond, sans non plus distinguer de basculement particulier. "La reprise de propositions de la droite radicale est une constante du parti démocrate-chrétien", assure la chercheuse. Et de citer l'exemple de l'aventure du parti d'extrême droite allemand "Les Républicains", créé par des dissidents du parti social-chrétien (CSU) dans les années 1980, phagocyté par le parti démocrate-chrétien.
Irruption du thème de la burqua

Une manœuvre remise au goût du jour pour siphonner l'ascension du parti nationaliste Alternative für Deutschland (AfD)? Pour Bénédicte Laumond, les récentes déclarations en matière de sécurité "ressemblent à cette stratégie".

"Chaque parti est en train de faire ses propositions et il y aura ensuite la recherche d'un compromis", tempère de son côté Isabelle Bourgeois du CIRAC. De quoi entraîner quelques ballons d'essai, à l'image de la proposition d'interdire le voile intégral, mesure finalement écartée jeudi par le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizières. Thème absent des débats dans un pays qui ne connaît pas de séparation stricte de l'Eglise et de l'Etat, et où la religion n'est pas débattue en place publique, cette irruption discursive de la burqa n'est pas non plus anodine. Isabelle Bourgeois prévient : "Aujourd'hui, cette proposition a été étouffée mais elle va désormais revenir dans le débat".

Axel Roux

Source : Le Jdd

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