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mardi, 16 août 2016

A quoi va servir la Fondation pour l’islam de France ?

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Le gouvernement souhaite relancer cette instance pour résoudre le problème du financement des mosquées et de la formation des imams.

La nomination n’est pas officielle mais Jean-Pierre Chevènement pourrait bien devenir le président de la fondation pour l’islam de France, un organisme que Manuel Valls a déclaré vouloir moderniser dans la foulée de l’attentat de Saint-Etienne-de-Rouvray. "Il y a urgence à aider l'islam de France à se débarrasser de ceux qui le minent de l'intérieur. Pour cela, il nous appartient de bâtir un véritable pacte avec l'islam de France, donnant à la Fondation une place centrale", soulignait alors le Premier ministre. Et ce chantier est mené au pas de charge puisque sa renaissance est prévue pour l’automne. Mais au fait, à quoi va servir cette fondation pour l’islam de France ? Zoom sur une nouvelle tentative d’organiser le culte musulman tout en respectant la laïcité à la française.

Le futur outil financier de l’islam de France. Abritant la première communauté musulmane d’Europe*, la France est confrontée à un problème récurrent : elle ne dispose pas d’un nombre suffisants de lieux de culte et d’imams. Or, construire une mosquée ou former un imam a un coût que l’Etat ne prend pas en charge au nom de la laïcité et que les croyants – trop divisés et sans clergé unifié - peinent à financer. D’autres Etats comblent ce vide en apportant une aide financière mais le Premier ministre souhaite y mettre fin. "Il faut reconstruire une capacité de financement française", martelait-il fin juillet.

Avec la fondation pour l’islam de France, l’Etat souhaite donc instaurer un outil de financement unique et transparent, par lequel transiteraient tous les dons et autres sources de revenus (une taxe sur les produits halal ou les pèlerinages est envisagée). Cette manne servirait alors à construire des lieux de culte, former des imams français et financer des thèses et des travaux de recherche sur la place dans la religion dans nos sociétés occidentales.

Comme un air de déjà-vu. Certains observateurs n’ont pas manqué de souligner qu’une telle fondation existe déjà. En effet, Dominique de Villepin lançait en 2005 la Fondation des œuvres de l’islam de France (FOIF) afin que cette dernière devienne la caisse de financement du conseil du culte français musulman (CFCM). Cet organisme n’a jamais vraiment atteint son rythme de croisière, victime des divisions internes à la communauté musulmane.  "Son échec est total", reconnaissait fin juillet Manuel Valls.

De nombreux défis à surmonter. Cette fondation pour un islam renouvelé risque de se heurter aux mêmes difficultés que son ancêtre. La première, et pas des moindres : l’islam sunnite ne dispose ni d’un clergé ni d’une autorité religieuse unique. Les musulmans français peinent donc à se mettre d’accord sur une ligne doctrinale ou des priorités et le CFCM, censé surmonter ces divisions, n’est pas arrivé à asseoir son autorité.

En effet, le CFCM est malmené par des divisions entre les courants "marocains", "algériens" et "turcs". Il est en outre concurrencé par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui se rattache à la mouvance des Frères musulmans, mais aussi par la Grande mosquée de Paris, dont la direction est proche de l’Algérie. Résultat, le CFCM est à la peine : son projet de "labelliser" les imams pour écarter les profils radicaux prend la poussière et son contre-discours religieux face à l’idéologie djihadiste est peu audible, surtout auprès des plus jeunes. Ces derniers y voient une institution d’anciens déconnectés des réalités et la cible des mouvements salafistes. Sans un CFCM refondé et relégitimé, la Fondation pour l’islam de France risque donc de retomber dans l’oubli.

Pas forcément la réponse à tous les problèmes. Quand bien même la Fondation pour l’islam de France trouvaient son rythme de croisière, elle ne peut pas à elle seule résoudre tous les problèmes actuels. Si Manuel Valls pointe les financements venus de l’étranger, cette manne doit par exemple être relativisée : "le financement de la construction et de l'entretien des mosquées est assuré majoritairement par la communauté elle-même, grâce aux dons des fidèles. (…) Le financement du culte musulman se rapproche de celui des autres cultes, notamment du culte catholique, qui provient à 80 % des dons des fidèles", soulignait un rapport sénatorial publié en juillet. Plus que financière, l’influence de certains Etats passe avant tout par la formation et la théologie diffusée, notamment sur internet ou par le biais de bourses d’étude.

En outre, améliorer le financement du culte musulman peut permettre à l’islam de France de s’autonomiser et de trouver son propre équilibre, mais cela ne mettra pas fin aux discours extrémistes et aux sectaires. En effet, "une part importante des individus radicalisés et désireux de partir pour le djihad ne fréquentent pas, ou très peu, les mosquées", qu’ils savent surveillées et dont le discours leur déplait, soulignait un rapport du Sénat publié en avril 2015. Ces individus préfèrent évoluer à la marge, notamment à la sortie de la prière et surtout sur Internet.

Source : Europe 1

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