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mercredi, 17 janvier 2018

Bandes : la barbarie au cœur de nos villes

C’était une des missions des renseignements généraux : la surveillance et le suivi des bandes. Dans ce domaine, le service dissous et réorganisé en 2008 sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, était même assez bon. Il permettait de contrôler un certain nombre d’individus et de quartiers, limitant de fait l’activité criminelle de ceux qui peuvent aujourd’hui, presque en toute impunité, laisser libre cours à une violence débridée.

On pourra toujours rétorquer que le phénomène des bandes n’est pas nouveau. Et c’est vrai. Déjà, au Moyen Âge, les bandes étaient fort actives. Anciens soldats en rupture de ban ou ribauds de toutes origines, elles sévissaient dans les villes et les campagnes, détroussant bourgeois et citadins. Plus près de nous, au début des années 1900, ce sont les « apaches » qui défraient la chronique, en se rendant coupables des pires exactions. Leur nombre, estimé par Le Petit Journal, en octobre 1907, à 70.000, ne peut qu’inspirer la crainte face aux 8.000 sergents de ville que compte alors la capitale. Dans les années 1950-1960, ce sont les blousons noirs qui prennent le relais, en s’affrontant déjà dans de sanglantes bagarres de rue. Et pourtant, on aurait pu penser que, notre société évoluant, ces dérives d’un autre temps seraient contenues, à défaut d’être éradiquées. Les derniers événements survenus à Paris, en plein quartier de la Bastille, prouvent qu’il n’en est rien. Et il aura fallu la mort d’un jeune adolescent de 15 ans, poignardé au cours d’une rixe avec une bande rivale, pour prendre conscience de ce que la barbarie est toujours aussi présente au cœur de nos villes, et que nos coûteuses politiques de la ville n’ont rien amélioré ni changé.

Elles seraient donc évaluées aujourd’hui à 40, et elles séviraient dans plusieurs arrondissements de Paris. Composées de jeunes de 13 à 18 ans, elles s’affrontent au cours de bagarres éclair pour des motifs pas toujours très bien établis, mais dont on peut supposer que le contrôle des territoires reste un enjeu important. Il n’en demeure pas moins que les habitants sont, aujourd’hui, de plus en plus nombreux à déplorer une augmentation importante de la violence et l’instauration d’un climat d’insécurité qui vient s’ajouter à un mal-être qui se généralise.

 Mais Paris n’est pas la seule ville touchée. Et les bandes qui sévissent un peu partout, même si elles n’empruntent pas forcément au schéma structurel américain, sont tout aussi actives et dangereuses. Elles se distinguent tout d’abord par la jeunesse des éléments qui les composent. Des adolescents, souvent mineurs, ou de jeunes adultes, ce qui rend la répression extrêmement difficile dans le contexte judiciaire qui est le nôtre. Ensuite, l’existence des réseaux sociaux, qui favorise les modalités de regroupement de bandes qui peuvent, en des temps record, fondre sur des adversaires désignés à l’avance. Enfin, l’inadaptation de l’action policière qui, après avoir vu ses outils de détection désorganisés, voit maintenant la priorité de ses missions aller dans d’autres directions. La lutte contre le terrorisme accaparant l’ensemble des moyens des forces de l’ordre.

Ce sont ainsi des pans entiers de notre sécurité du quotidien qui ne sont plus assurés. C’est la raison pour laquelle une véritable réflexion doit être menée, au plus haut niveau, pour repenser nos politiques générales de sécurité. Il ne suffira pas, une fois encore, de déverser des millions d’euros pour répondre à un mal qui est profond et qui demande, certes des moyens, mais surtout une volonté farouche pour restituer l’État de droit qui a disparu de certains de nos territoires.

Olivier Damien

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